Massacres à l’Est du pays, « dire la vérité est le début du changement » (Dr Mukwege)

Depuis son tweet du dimanche 26 juillet dernier, par lequel il dénonçait le récent massacre survenu à Kipupu en territoire de Mwenga (province du Sud-Kivu), Denis Mukwege dit avoir reçu diverses correspondances haineuses, les membres de sa famille intimidés et menacés.

Dire la vérité, a affirmé Dr Denis Mukwege, c’est le début du changement. Ceci est valable pour une victime de violences sexuelles comme pour une victime de guerre, de génocide ou de n’importe quel traumatisme, explique-t-il.

« Il y a 22 ans, je découvrais les conséquences dramatiques de la guerre sur le sol congolais, dans la région des Kivus et dans d’autres provinces de notre pays. Depuis, je n’ai cessé de militer pour la recherche de la vérité et l’application de la justice, sans lesquelles nous ne pouvons espérer une paix durable », indique également l’initiateur de la Fondation Panzi.

Peu importe la période, ajoute Dr Denis Mukwege, « peu importe la région du monde, aucun mensonge, aucune construction falsifiée de l’Histoire n’a jamais réussi à pérenniser la paix. Bourreaux et victimes n’ont aucun avenir s’ils sont condamnés à vivre dans le mensonge ».

Par cet appel à la paix, relayé sur le site de la Fondation Panzi, il rappelle avoir demandé « depuis bientôt 10 ans, l’examen du rapport Mapping réalisé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Droits de l’Homme ».

Ce rapport contient une compilation de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de crimes de génocide détaillés de 1993 à 2003. Sans que l’on analyse ces crimes qui jalonnent l’Histoire du Congo, sans que justice ne soit rendue pour ces crimes, aucun peuple impliqué dans ces conflits ne pourra se relever ou ne pourra vivre en paix, estime le Prix Nobel de la Paix.

Pas de réconciliation sans vérité

En séjour de travail à Paris en 2019, le Président Félix Tshisekedi avait souhaité la mise en place d’un Tribunal pour juger les crimes du Congo au Congo.

Près d’une année après ce vœu du successeur de Joseph Kabila, Dr Denis Mukwege reste convaincu que « préconiser la création d’une juridiction spéciale pour juger les crimes au Congo [fait] peur à certaines personnes qui déversent leur haine sur les réseaux sociaux en opposant les uns aux autres, souvent sur la base de mensonges ».

« La réconciliation entre les peuples et l’instauration de réparations pour les victimes ne peuvent se faire sans que nous recherchions, sans relâche, la vérité », insiste-t-il.

Aucune malversation intellectuelle, aucune menace, aucune utilisation de la peur, ne m’empêchera de m’exprimer sur la réalité des atrocités que vivent les populations de mon pays et dont je soigne les séquelles tous les jours dans mon hôpital à Bukavu, prévient aussi le médecin.

« Depuis 2012, après deux tentatives d’assassinat, je continue de recevoir des menaces de mort. Je vis dans mon hôpital sans pouvoir en sortir sauf lors de mes voyages à l’étranger. Qui a intérêt à m’assassiner ? Pourquoi ma recherche de la vérité et mon désir de justice dérangent ? », s’interroge le médecin.

Dr Denis Mukwege dit militer pour « la disparition de tous les massacres » en RDC.

« Chaque massacre est un massacre de trop », regrette le Prix Nobel de la Paix qui promet de continuer « à répondre à la violence par l’amour ».

Face à ces cycles de violences et de représailles « qui ne profitent qu’à ceux qui cherchent à maintenir le chaos dans notre pays pour mieux le piller », l’initiateur de la Fondation Panzi lance cet « appel à la justice, à la coexistence pacifique et à la paix ».

Alain Tshibanda