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Le ministre des finances ne sabote pas l’action du Président Félix Tshisekedi (Dandy Amsini Matata)

Alors que d'aucuns accusent les proches du Front commun pour le Congo (FCC), d'être à la base d'un prétendu sabotage visant à écraser l'action de l'actuel chef de l'État, le ministère des finances étant aussi épinglé, Dandy Amsini Matata réfute la thèse d'un complot.

« Ce sont des énoncés spéculatifs qui n’ont aucune connexion avec les faits », rétorque-t-il lors d’un entretien accordé aux journalistes Éric Tshikuma et Willy Kalengayi.

Parler ainsi « du ministre des finances, connaissant le professionnalisme et le sens de la moralité de la personne, j’écarte cette hypothèse », ajoute-t-il.

En effet, estime Dandy Amsini Matata, « pour saboter l’action du chef de l’État, il faut avoir les leviers ».

En RDC, relève l’expert, « les dépenses contraignantes avalent 96% de nos recettes. Si on ajoute quelques engagements courants de l’État, nous dégageons un déficit structurel de 104% tous les mois ».

Dans ce contexte, se demande-t-il, « comment dire qu’on ne paye pas [les dépenses de l’État]? ».

Dandy Amsini Matata fait observer que « le prestige de l’argentier de l’État est aussi mesuré à l’aune des résultats macroéconomiques. Le ministre des finances ne peut pas se saborder lui-même ».

« À partir du moment où les pressions sur les dépenses, qui relèvent d’une demande sociale forte, nous conduisent à des pressions inflationnistes, ça nous remet quand-même devant nos responsabilités en ce qui concerne l’effort de mobilisation des recettes », explique l’économiste.

Pour lui, « c’est sur cette question qu’il faut se concentrer : les vraies réformes plutôt que de spéculer sur qui est responsable ».

Pressions inflationnistes, 4 coupables!

Abordant la situation que traverse le pays depuis un certain temps, Dandy Amsini Matata renseigne que « les données empiriques en RDC attestent qu’il y a une forte corrélation entre le taux d’échange (la quantité de la monnaie nationale qu’on doit débourser pour acquérir une unité de monnaie étrangère) et le taux d’inflation (phénomène économique caractérisé par une augmentation durable et généralisée des prix sur le marché sur une période durable donnée, généralement un an) ».

Ce co-mouvement est estimé à au moins 94%, souligne-t-il.

Si l’économiste est d’avis que « le taux d’inflation peut être profitable à l’expansion économique du pays, tant qu’il reste dans des proportions maîtrisables, il constate que le rythme de formation des prix intérieurs est 4 fois plus importants en 2020.

Constat qu’il dégage en comparant le premier semestre de l’année 2020, où l’inflation annualisée est estimée à autour de 31%, et en regardant la tendance hebdomadaire par rapport à l’année 2019.

« C’est extrêmement préoccupant », s’inquiète l’économiste qui insiste sur le fait que l’inflation ne profite à aucune partie du pays.

En ce qui concerne le taux de change, sur la même période, c’est-à-dire le premier semestre, « la monnaie a perdu à peu près 14% de sa valeur », révèle-t-il aussi.

Le(s) coupable(s)?, Dandy Amsini Matata en compte 4.

Il mentionne d’abord le choc de la Covid-19, qui a affecté l’économie nationale à partir de la onzième semaine de l’année en cours.

« De manière structurelle, notre économie est malheureusement dépendante de l’extérieur car une bonne partie de nos recettes sont issues de l’activité extractive, secteur représentant près du tiers dans notre produit intérieur brut », précise l’analyste.

Pour lui, alors que le choc de la Covid-19 a entraîné un ralentissement au niveau mondial, une contraction de la demande et une baisse des cours des matières premières, à l’échelle intérieure, dit-il, « les mesures de restriction sanitaires ont empêché l’activité économique de continuer de son chemin ».

« La Covid-19 n’a fait que exacerber les faiblesses structurelles qui existaient déjà de notre économie », nuance l’économiste qui appelle à considérer que « le choc de la Covid-19, une situation globale, ne se limite pas qu’à la RDC », allusion faite notamment à l’Afrique du Sud, a l’Angola et au Ghana.

Abordant la question de la résilience de l’économie congolaise, évoquant les années antérieures à la Covid-19, Dandy Amsini Matata considère qu’il s’agit d’un processus qui est à construire dans le long terme.

Replacer toute expression démocratique dans son contexte est ce qu’il propose pour identifier le deuxième coupable: l’incertitude politique.

À ce propos, l’expert rappelle « la remontée des tensions entre familles politiques et insiste sur le fait que ces chocs n’ont pas laissé les variables macroéconomiques indifférentes ».

« Les pays à forte instabilité politique sont aussi les pays à plus forte volatilité macroéconomique. Les signaux qui sont émis dans un climat d’incertitude politique font que les anticipations des agents économiques vont impacter négativement sur la marche de l’économie », soutient-il.

En considérant le solde des opinions des chefs d’entreprises, produit par la Banque centrale du Congo, Dandy Amsini Matata regrette que c’est « depuis juillet 2019 qu’il est en constante détérioration ».

Il revient sur deux épisodes d’incertitude que le pays a connues et qui sont perceptibles sur le chiffre : décembre 2019 et mars 2020.

À ces deux moments, poursuit l’analyste, « l’incertitude économique étant très forte, les opérateurs économiques avaient anticipé sur ce que [pouvait être] l’avenir en calibrant la quantité qu’ils vont consommer, l’investissement qu’ils vont porter ».

Le troisième facteur, estime Dandy Amsini Matata, est la déconnexion entre le budget voté et le budget exécuté.

« Nous avons voté un budget de plus de 11 milliards de dollars américains alors qu’en exécution, c’est très difficilement comptable sur la moitié de ce budget. Cette déconnexion crée une pression sur les dépenses, qui est de nature à remettre en cause la capacité de l’autorité de la politique budgétaire à ne pas recourir aux avances de la Banque centrale et donc à limiter les pressions inflationnistes », martèle l’expert.

Gérer le pays avec 4% des recettes…

Il relève aussi, en dernier lieu, l’incapacité de l’autorité budgétaire à déployer ses outils.

« Vous savez que 75% de recettes collectées sont affectées aux rémunérations. Cela signifie que dès que nous avons payé nos policiers, nos militaires, nos fonctionnaires, nous avons consommé 75% des ressources collectées », fait-il savoir.

Si on ajoute à cela le remboursement de la dette extérieure, déjà très contraignant, ainsi que les frais de fonctionnement des institutions, l’expert indique qu’on arrive à autour de 96%.

« C’est une moyenne mensuelle depuis mars 2020. Il ne reste que 4% pour gérer l’ensemble des problèmes de la République », résume-t-il.

Cette situation pousse le gouvernement « à faire des arbitrages douloureux et difficiles entre l’urgent et le nécessaire. Et à force de négliger le nécessaire pour l’urgent, on finit par oublier l’urgence du nécessaire », souligne-t-il.

Quid du collectif budgétaire à moins d’un mois de la session de septembre?

Le collectif budgétaire, pense l’économiste, est une décision qui nécessite un certain consensus des acteurs autour de la vision, des sacrifices qu’il faut consentir à long terme.

« Il faut des réformes profondes car il faut sacrifier un présent personnel au nom du futur collectif », prévient-il.

Pour lui, « les politiques doivent taire les différends, qui sont transitoires, pour se concentrer sur le destin collectif. Il faut une cohésion », insiste le conseiller du ministre des finances.

Missions de contrôle de l’IGF, le ministre des finances apporte son soutien

Dimanche dernier, Radio France Internationale a annoncé la mise en accusation, par l’Inspection générale des Finances (IGF), des plusieurs hauts responsables de la gestion des fonds destinés à la riposte contre la pandémie de Covid-19 en République démocratique du Congo.

Cette mise en accusation, a ajouté le même média, découle d’une enquête déclenchée par l’IGF sur demande du chef de l’État. Parmi les responsables mis en accusation, et tels que mentionnés par RFI, figure notamment le ministre des finances, José Sele Yalaghuli à qui il serait reproché d’avoir « notamment ordonné le paiement de dépenses non facturées ».

En réaction à ces allégations, le ministre a rappelé dans une interview accordée à Zoom Eco, le contexte de la gestion de ces fonds.

Il sied de préciser qu’en RDC, l’épidémie de la Covid-19 a été déclarée le 10 mars 2020 jusqu’à ce jour. Vu l’ampleur de la menace qu’elle a aussitôt incarnée à travers le monde et sur instruction de la hiérarchie, le Gouvernement de la République a procédé à des décaissements des fonds, par procédures d’urgence, pour permettre à la riposte de pouvoir sécuriser la population face à cette crise sanitaire.

José Sele Yalaghuli a fait savoir que les allégations de mauvaise gestion desdits fonds, abondamment relayées sur les réseaux sociaux et certains médias en ligne, ainsi que l’enquête de l’IGF sont postérieures à la mission qu’avait déjà initiée le ministère des finances.

Conformément à ses attributions, il avait saisi et obtenu du Premier ministre de mener un contrôle d’utilisation desdites ressources financières au niveau du ministère de la Santé.

« Je dois rappeler qu’en adéquation avec les lois de la République, ces investigations du ministère des finances ont été suspendues du fait du lancement de celles de l’IGF », indique l’ancien directeur de cabinet de l’ex Premier ministre Augustin Matata Ponyo.

Autre précision qu’apporte José Sele Yalaghuli est que « les fonds destinés à la riposte contre la Covid-19 ne sont pas gérés uniquement par le ministère de la santé. Ils concernent aussi les 26 provinces, la Police nationale congolaise, la Direction Générale des migrations et beaucoup d’autres structures, étant donné que le Gouvernement de la République avait mis des ressources à leur disposition et qu’elles doivent justifier ».

Pour sa part, le ministre des finances qui a personnellement collaboré avec l’Inspecteur Général des Finances, chef de service, pour que les missions de contrôle lancées par l’IGF soient accomplies de manière harmonieuse et accompagnent les régies financières à optimaliser les recettes publiques, affirme l’avoir encouragé à élargir son enquête jusqu’au niveau des provinces.

« Il est donc faux de faire croire à l’opinion que le ministre des finances a été complaisant en termes de demandes émanant de différentes entités dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 », indique l’ancien directeur de la Direction générale des impôts (DGI).

Réaffirmant son soutien aux institutions de la République dans le cadre de la bonne gouvernance, José Sele Yalaghuli encourage les autorités compétentes à poursuivre leurs missions respectives pour consolider la bonne gouvernance et permettre à ce que les fonds publics soient utilisés avec efficience et responsabilité.

Alain Tshibanda