Ces phrases de Félix Tshisekedi qui énervent ses alliés du FCC

En deux ans de son mandat, Félix Tshisekedi s'est rendu dans plusieurs pays frontaliers de la RDC. Le nouveau chef de l'État a aussi séjourné plus d'une fois sur le sol américain et en Europe. À chaque fois, ces visites officielles du Président de la République servent de tribune et les propos du successeur de Joseph Kabila sont loin d'être inaudibles dans le camp de ses alliés du Front commun pour le Congo (FCC).

Après avoir reçu mercredi le serment de 3 nouveaux juges qu’il avait nommés en juillet dernier à la Cour constitutionnelle, le Président de la République va s’adresser à la nation ce vendredi 23 octobre à 20 heures. Un exercice intervenant dans un contexte de crise avec le Front commun pour le Congo (FCC), qui a décidé de bouder l’ensemble du processus.

L’annonce a été faite par le directeur de cabinet a.i du chef de l’État, quelques heures seulement après la cérémonie de prestation de serment organisée au Palais du peuple. Ce vendredi, la 54ème réunion du Conseil des ministres n’aura donc pas lieu.

Les paroles qui énervent le FCC

Pendant son premier séjour officiel aux États-Unis, lors d’une conférence au Council on Foreign Relations à Washington, un atelier réflexion sur la politique étrangère, le Président Félix Tshisekedi avait secoué la classe politique, le 4 avril 2019, par ses déclarations.

« Je le dis sans peur. Je suis là pour déboulonner le système dictatorial qui était en place », avait-il annoncé.

Investi le 24 janvier 2019, Félix Tshisekedi estimait qu’il est temps pour le pays d’entrer dans une ère véritablement démocratique.

Son séjour au pays de Donald Trump avait un but précis: « Ma présence ici interpelle les États-Unis à nous accompagner dans cette belle aventure et le plus longtemps possible. Sans cet appui, avait-il précisé, « nous aurons des difficultés à nous en sortir ».

Pas de « Peuple d’abord » sans « Justice d’abord » 

En déplacement à Paris, Félix Tshisekedi va ensuite émettre le vœu de voir un Tribunal spécial être mis en place au pays.

« Il n’y aura plus des citoyens au-dessus de la loi« , disait-il en promettant « de renforcer la justice, donc l’État de droit, et que tous les crimes seront sanctionnés en RDC, et pas ailleurs, par les congolais ».

C’est possible que certains criminels soient responsables dans quelques institutions, avait-il reconnu en relevant qu’il ne lui appartient pas de « les rechercher ni de faire la loi à la place de la justice ».

La menace du bic rouge

Le 19 janvier 2020, soit près d’une année après son investiture à la magistrature suprême, le successeur de Joseph Kabila s’est montré encore très ferme à Londres, où il s’est adressé à la Diaspora.

À la même occasion, Félix Tshisekedi a reconnu que même au sein de la coalition FCC-CACH, « tout le monde n’est pas animé de bonne foi ».

Même si « tout le monde ne souhaite pas la victoire du peuple », le fils d’Étienne Tshisekedi a affirmé « être arrivé au pouvoir par la volonté de Dieu ».

Lire aussi: « Joseph Kabila et Félix Tshisekedi se disputent le pouvoir qu’ils avaient confisqué au peuple » (Martin Fayulu)

« Je ne suis pas arrivé au pouvoir par la volonté d’un humain. Tout celui qui sera sur mon chemin, surtout un ministre que moi j’ai nommé, bic rouge est son nom », avait prévenu Félix Tshisekedi, propos ayant provoqué les ovations dans la salle.

Lors de ce meeting, Félix Tshisekedi avait déclaré avoir toujours rappelé aux ministres du gouvernement central, issus du FCC, « de ne pas prêter attention à ce qu’on leur dit ».

En plus, n’avait-il pas manqué de révéler, « je sais qu’on a fait signer aux ministres du FCC des lettres de démission mais sachez qu’ici [dans ce gouvernement], nous sommes là pour servir la nation. Nous devons rester unis et évoluer ensemble. Jusqu’à maintenant, je ne peux mentir, aucun membre du gouvernement ne s’est opposé à mes décisions ».

Aucun sacrifice ne sera oublié 

Peu avant la nomination de 3 nouveaux juges à la Cour constitutionnelle, le Président de la République a salué la mémoire de tous les congolais qui ont péri pour l’avènement d’un État de droit en RDC.

« Je n’oublie personne. Je pense à nos vaillants officiers et soldats, qui travaillent nuit et jour dans des conditions extrêmement difficiles. Je pense à nos mamans et nos sœurs martyrisées dans leur chair. Je pense à nos enfants, victimes des conflits à qui un triste destin a arraché le simple droit d’espérer », indiquait-il le 29 juin 2020 lors de son message à la nation, en marge du 60ème anniversaire de l’accession du pays à la souveraineté nationale.

« Je pense à l’ensemble de nos forces vives, en particulier aux combattants de la démocratie qui, dans la suite d’Étienne Tshisekedi d’heureuse mémoire, ont affronté les répressions les plus sanglantes, les plus barbares depuis les temps forts de la dictature jusqu’à la veille des élections de décembre 2018. Je pense à nos fils et filles lâchement abattus dans les rues de nos villes et de nos villages, jusqu’à l’intérieur des églises ainsi profanées. Je n’oublie personne. Je n’oublie rien. Aucune douleur, aucun déchirement, ne doit être oublié. Leur héroïsme nous a permis de franchir une étape importante dans notre marche vers l’instauration d’une nation respectueuse de la personne humaine et du caractère sacré de la vie », avait laissé entendre le chef de l’État promettant que ces crimes ne resteront pas impunis.

Il s’était également réjoui du fait que « la justice recouvre peu à peu son indépendance. Les avancées enregistrées l’ont été au prix de sacrifices extrêmes ».

Pour le chef de l’État, « elles ne peuvent être annihilées par des manœuvres d’arrière-garde, qui s’observent chez certains de vouloir légiférer pour déposséder le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) du pouvoir judiciaire qu’il détient pourtant par la Constitution ».

Le pays venait de traverser une tempête provoquée par un projet de loi initié par deux députés, issus de la famille politique de Joseph Kabila. Une tempête qui avait poussé à la démission du Vice-premier ministre, ministre en charge de la justice et garde des sceaux, également issu du camp Kabila.

Les réformes dans ce secteur, avait martelé le Président de la République, « ne doivent pas être dictées par le souci de protéger une personne ou un groupe des personnes, mais plutôt par le souci d’apporter plus d’efficacité et d’efficience au fonctionnement de la justice ».

« En considération de ces éléments, je n’accepterai sous aucun prétexte des réformes dans ce secteur qui, par leur nature et contenu, viendraient porter atteinte à des principes fondamentaux régissant la justice tels que prévus dans notre constitution, notamment l’indépendance du pouvoir judiciaire, du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif, le pouvoir régalien des nominations des magistrats, la gestion du pouvoir judiciaire confiée au Conseil Supérieur de la Magistrature », ajoutait Félix Tshisekedi.

« Quelques mois après mon avènement [à la magistrature suprême], des ministres du gouvernement central et des ministres provinciaux ont été suspendus de leur fonction, déférés devant la justice et condamnés pour des faits de corruption et abus d’autorité », rappelait également le Président de la République dans son adresse à la nation.

Quelles que soient les difficultés, « nous sommes sur la bonne voie et restons déterminés », avait lâché Félix Tshisekedi en faisant allusion aux différentes réformes envisagées.

Le vendredi le plus long pour la nation 

Que va dire le chef de l’État ce soir? C’est la question que tout le monde se pose depuis l’annonce, par son directeur de cabinet a.i, de cet agenda.

Cet avant-midi, contrairement à ses habitudes, la Primature a annoncé plusieurs audiences accordées par le Premier ministre à quelques ambassadeurs de pays membres de l’Union européenne, en poste à Kinshasa. Les diplomates ont souhaité un règlement harmonieux de la crise au sein de la coalition FCC-CACH.

Depuis la prestation de serment de 3 juges de la Cour constitutionnelle, les réunions se sont multipliées du côté du FCC. Cet avant-midi, les députés du FCC se sont rendus à la résidence de la présidente du bureau de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, où ils ont réitéré leur loyauté au sénateur à vie Joseph Kabila.

Patrick Nkumu