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Félix Tshisekedi : Le salut du peuple est la loi suprême, point barre !

À près de trois ans de la tenue des prochaines élections, Félix Tshisekedi est loin d'être satisfait du parcours effectué depuis son investiture, le 24 janvier 2019, en compagnie de ses alliés du Front commun pour le Congo, les hommes de son ancien et redoutable adversaire, Joseph Kabila. Décryptage. 

Au cœur de ces scrutins qui se rapprochent à grands pas, la gestion de deux institutions a sonné le glas de la coalition au pouvoir. Parmi « les divergences qui plombent » le développement et l’espoir du pays, le poussant à consulter pour mettre en place « une union sacrée pour la nation », le chef de l’État a clairement évoqué l’indépendance du pouvoir judiciaire et le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante, la même CENI qui l’a proclamé vainqueur de l’élection présidentielle de décembre 2018 et transformé son grand ami et frère d’armes Martin Fayulu en un farouche adversaire.

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Le vendredi 23 octobre 2020, en lieu et place d’une réunion habituelle du Conseil des ministres qu’il préside généralement, donnant à l’opinion le droit de suivre un condensé sur les ondes de l’ex La Voix du Zaïre sur ce que veut et fait le gouvernement, le chef de l’État a communiqué à la nation son « J’en ai vraiment marre de Joseph Kabila et son FCC ».

Celui qui s’est toujours montré diplomate, souriant, patient ou doux à l’égard de ses anciens ennemis et optimiste à l’égard de la capacité du FCC-CACH de guérir différentes démangeaisons attaquant la coalition, l’homme qui avait affirmé à Washington une année plutôt « sans peur de le dire qu’il veut/va déboulonner le système dictatorial » auquel il venait de succéder, a affiché son inquiétude sur l’avenir du pays et finalement décidé de faire valoir ses puissants pouvoirs, que lui confère la Constitution héritée du fils de Laurent-Désiré Kabila. Félix Tshisekedi a levé l’option de (re-)mettre ses bottes de garant du bon fonctionnement des institutions de la République.

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« Aucun engagement, de quelque nature que ce soit, ne pourra primer sur mes prérogatives constitutionnelles« , a-t-il lancé à ses alliés du FCC, une agressivité verbale à laquelle les hommes du désormais sénateur à vie Joseph Kabila promettent de répondre.

Héritier du programme politique « Le Peuple d’abord » de son défunt et illustre père, l’ancien Premier ministre Étienne Tshisekedi et farouche combattant du Maréchal Mobutu, Félix Tshisekedi refuse d’être mêlé aux malheurs de ces nouveaux millions d’enfants qui vont naître durant son [premier] quinquennat au sommet de l’État.

Deux années d’embrouilles et d’hypocrisie d’État, ça suffit, a-t-il visiblement reconnu. Historiquement, l’homme dont le directeur de cabinet croupit encore à la prison centrale de Makala, accusé et jugé pour détournement des fonds alloués dans quelques projets du programme d’urgence de 100 premiers jours du Président de la République, veut que son ère apporte au pays la paix et la sécurité ainsi que le redressement économique et social. Il veut un Congo où « aucun citoyen ne peut être arrêté pour avoir exprimé une opinion », un État de droit dont il se félicite d’avoir réussi à programmer l’émergence.

Un large consensus national pour gérer le pays

Que va devenir le gouvernement Ilunga Ilunkamba, reflétant le rapport des forces au Parlement issu des élections de décembre 2018 et qui a mis pratiquement six mois pour voir le jour ? La question traverse plusieurs observateurs.

Juridiquement, on ne peut devenir Premier ministre ou membre du gouvernement que par nomination du chef de l’État, un pouvoir constitutionnel que Félix Tshisekedi ne partage avec personne, ni institution.

Même si le FCC apporte toujours son soutien au premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, qui a boycotté la prestation de serment de 3 nouveaux juges au Palais du peuple, malgré les instructions du chef de l’État pour son organisation, cérémonie boudée également par Jeanine Mabunda et Alexis Thambwe Mwamba respectivement président de l’Assemblée nationale et du Sénat, l’initiative de Félix Tshisekedi de consulter « les forces vives les plus représentatives du pays », et de constituer une union sacrée pour la nation indique que les jours du gouvernement issu de cette coalition sont comptés, elle-même devenue désormais une espèce en voie d’extinction.

Après le message du Président de la République, les États-Unis ont souhaité, par la voix de Tibor Nagy, un processus politique pacifique en RDC, qui place la voix du peuple au premier plan.

À Kinshasa, quelques ambassadeurs de l’Union européenne postés en RDC avaient espéré une solution consensuelle à cette crise.

Au terme de ces consultations, a prévenu l’allié de Joseph Kabila, « aucun cas de figure n’est à exclure ». La tempête s’annonce toujours, surtout dans un pays aux dimensions sous-continentales et aux potentialités exceptionnelles comme la terre de Patrice-Emery Lumumba.

Alain Tshibanda