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« Les évêques ont mis le Président Félix Tshisekedi devant ses responsabilités » (Frédéric A. Kinkani)

Lundi 09 novembre, le Président de la République a reçu les représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), dans le cadre de ses consultations dont le but est la refondation de l'action gouvernementale autour des principes de participation à la gestion du pays. Même si l'initiative des évêques, impliquant Joseph Kabila et Martin Fayulu dans la résolution de la crise actuelle, ne rassure pas les partisans de Félix Tshisekedi, le professeur Frédéric Adelbert Kinkani rappelle que pour la CENCO, le Président de la République devrait accorder la priorité aux questions sociales de la population.

« Nous avons suivi avec joie le passage de la délégation de la CENCO au Palais de la nation, où elle a été répondre à la généreuse invitation du Chef de l’État », confie à Congo Plus le secrétaire général adjoint chargé de l’administration et du suivi du processus électoral de l’Alliance pour la bonne gouvernance (ABG), parti membre du Front commun pour le Congo (FCC).

Après cet entretien et ce que les médias ont relayé, pense-t-il, il y a lieu de retenir que « les évêques ont mis le Président de la République devant ses responsabilités », c’est-à-dire qu’il doit « donner priorité aux questions sociales de plus en plus mises en berne, et réévaluer avec son partenaire l’accord de coalition, qui aurait montré ses limites ».

En effet, selon le Cardinal Fridolin Ambongo qui avait également pris part à ces échanges, l’épiscopat a rappelé au chef de l’État « le souci du peuple, qui vit une situation dramatique actuellement ».

« Le peuple ne veut pas que ces consultations soient une énième consultation et que sa situation à lui, comme peuple, continue à se dégrader », soulignait le nouvel administrateur apostolique du diocèse de Kisantu.

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La démarche de la CENCO, analyse le professeur Frédéric Adelbert Kinkani, est ainsi à prendre dans un cadre beaucoup plus large que dans celui des consultations actuellement convoquées par le Président Tshisekedi.

Docteur en philosophie depuis 2011, avec spécialité en philosophies politique et du droit, ce cadre du FCC considère même que les évêques ont voulu dire ceci au chef de l’État: « Vous avez pris des engagements. Si vous vous voyez bloqué, battez-vous pour vous en sortir. Mais vous ne vous en sortirez pas sans votre partenaire » de la coalition.

Au sénateur à vie Joseph Kabila, l’épiscopat a également précisé qu’aucun accord n’est au-dessus de la Constitution. La CENCO déplore « le fait que les alliés au pouvoir s’illustrent par des querelles intestines au lieu de se consacrer au travail pour servir la population », rappelant aussi à l’ancien Président de la République que « la vie des Congolais se dégrade quotidiennement ».

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Pour Frédéric Adelbert Kinkani, les évêques se veulent « réalistes et prospectivistes ». Ils « ont vu juste en se disant qu’il n’y a pas de sortie de ‘crise’ sans Kabila, et pas de sortie de crise sur fond d’une arrogance politique, qui ne s’assure ni de l’adhésion populaire, le peuple étant affamé de plus en plus, ni de la disponibilité du camp accusé à encaisser les coups d’un partenaire en position d’adversaire, dont on connaît les forces et les faiblesses ».

Ainsi, ajoute le philosophe, une petite conclusion, certainement orientée, est possible : « deux choses mettent les évêques en phase avec les positions républicaines du FCC. Il s’agit du respect de la constitution et du respect des accords, ouverts au remaniement mais dans un dialogue franc ».

Pour le professeur, la crise, jusqu’ici évoquée, est moindre selon la CENCO par rapport à celle qui résulterait des démarches du Président de la République, que ses alliés considèrent toujours comme unilatérales.

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Dans le mémorandum adressé à l’autorité morale du FCC, les évêques ont insisté sur « la nécessité d’une solution politique » qui devra tenir compte notamment du « primat du bien-être de la population sur tout autre considération politique, la stabilité de l’État et de ses institutions et la paix sociale ».

Pour cela, ils recommandent au sénateur à vie de « revisiter et évaluer l’Accord qui régit la coalition dans une perspective dynamique ».

« Dans le cas, où en toute conscience, vous vous rendez compte de l’impossibilité de changer la dynamique actuelle de la coalition pour servir davantage la population, vous gagnerez en vous ouvrant sagement à une autre solution politique plus avantageuse pour le pays », ont également fait savoir les évêques à Joseph Kabila.

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C’est depuis le lundi 02 novembre que les consultations ont été lancées par Félix Tshisekedi, qui accuse ses alliés de bloquer sa vision. Dans son dernier message à la nation, fin octobre, le successeur de Joseph Kabila à la magistrature suprême avait déclaré qu’aucun engagement n’était supérieur à ses prérogatives constitutionnelles.

En attendant de savoir l’issue de ces échanges, le chef de l’État n’ayant exclu aucun scénario, le camp de son allié refuse de s’impliquer en dehors de ce que prévoit l’accord de coalition que personne n’a encore rendu public. Entre-temps, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) vient de proclamer la fin de ce mariage entre le Cap pour le changement (CACH) et le FCC. Un divorce que Félix Tshisekedi va officiellement matérialiser à l’issue de ses consultations, prévient l’UDPS.

Alain Tshibanda