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Que devient la gratuité de l’enseignement de base en RDC?

L'issue des consultations entreprises par l'allié de Joseph Kabila va-t-elle déterminer une meilleure prise en charge de certains défis auxquels le pays est confrontés, tels que la mise en œuvre de la gratuité de l'enseignement de base, la nouvelle menace de la pandémie de Covid-19 sur le social et l'économie nationale, l'insécurité dans la partie Est du territoire, la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics? Pour le Haut représentant du Président de la République, c'est bien cela la finalité de ces assises. Depuis la fin de ces consultations, convoquées du 02 au 25 novembre 2020, l'avenir du pays est suspendu à la décision que prendra le chef de l'État qui l'avait annoncée, lors de son adresse du 23 octobre dernier à la nation.

Jeudi 26 novembre, un jour après trois semaines des consultations, Kitenge Yesu a affirmé sur Top Congo FM qu’elles « n’auront pas été faites pour rien. C’est pour changer la gouvernance du pays et il en sera ainsi ».

À la demande du Front commun pour le Congo (FCC) préconisant la tenue d’un dialogue dans le cadre des accords de la coalition avec le Cap pour le changement (CACH), le Haut représentant du chef de l’État propose une parabole à Joseph Kabila et à sa famille politique : « Il existe 4 choses dans la vie qu’on ne pourrait jamais rattraper : la pierre après l’avoir lancée, les mots après les avoir dits, l’occasion après l’avoir perdue, le temps après qu’il soit passé ».

Le FCC a boudé l’invitation lui adressée par la Présidence de la République, malgré l’annonce de sa participation par Peter Kazadi, député émanant du parti présidentiel, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). Le dialogue entre le sénateur à vie Joseph Kabila et le Président Félix Tshisekedi est-il encore possible après ces consultations ? « Ça c’est une question à laquelle seul le chef de l’État lui-même peut répondre », soutient Kitenge Yezu.

Bien que réelle, la crise qui oppose le FCC au CACH a masqué quelques défis majeurs auxquels est confronté le pays dont la gratuité de l’enseignement de base.

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Bien que prévue par la constitution promulgué depuis 2006, la gratuité de l’enseignement de base dans les écoles publiques et conventionnées n’a connu un début d’application que treize ans après.

À l’occasion du lancement de l’année scolaire 2019-2020 à l’Institut Mokengeli, reconstruite dans le cadre du programme des 100 premiers jours du Président de la République, Félix Tshisekedi avait reconnu le 02 septembre 2019 que la mise en œuvre de cette disposition constitutionnelle n’était pas totalement effective sur l’ensemble du territoire, mais restait convaincu que le processus évoluerait positivement:

Je ne sais pas [si l’école est déjà gratuite, ndlr]. Ça sera une promesse réalisée. J’ai été inauguré une école qui a été réhabilitée. Je sais que la mesure prend, ne prend pas à certains endroits mais ça sera une mesure qui sera vraiment définitive et intégrale dans quelques mois.

Plus d’un an après, son application non sans mal a permis de ramener environ 4 millions de nouveaux élèves, principalement issus des familles démunies, dans le circuit scolaire à travers le pays.

Peu avant cette rentrée scolaire, les experts du secteur de l’enseignement avaient évalué les enjeux de la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement lors de la deuxième table-ronde sur l’éducation, estimée à près de 2,4 milliards de dollars américains à décaisser chaque année par le budget national.

Le 18 novembre, l’Inspection générale des finances (IGF) a dévoilé les résultats de son rapport sur la mission de contrôle de la paie des enseignants par le Service de contrôle et de la paie des enseignants (SECOPE). Il en ressort notamment, d’après Jules Alingete Key, inspecteur général des finances-chef de service, un présumé détournement de 62 milliards de francs congolais [environ 31 millions de dollars américains], l’existence des faux arrêtés antidatés indiquant un recrutement des agents et la création des écoles ainsi que l’utilisation des fausses factures pour masquer la destination réelle des fonds mobilisés par le gouvernement.

Cinq hauts responsables du ministère de l’EPST et quelques agents de la Direction de la paie, du trésor et de l’ordonnancement du ministère des finances ont été identifiés par l’IGF comme responsables.

Accusé de torpiller l’application de la gratuité de l’enseignement de base, Willy Bakonga a été traduit en justice par la Ligue de la Zone Afrique pour la Défense des Droits des Enfants et Elèves (LIZADEEL), qui a porté plainte contre le ministre le 23 novembre au Parquet général près la Cour de Cassation. Joseph Godé Kayembe, président du conseil d’administration de la LIZADEEL, a affirmé que:

Le ministre s’est organisé avec le secrétaire général du SECOPE pour multiplier les fausses nouvelles unités afin de combattre cette gratuité. Aujourd’hui, nous avons découvert près de 61 milliards de Francs congolais dans le placard du ministre de l’EPST. Ils méritent d’être interpelés.

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La LIZADEEL est allée jusqu’à accuser également l’Archevêque métropolitain de Kinshasa d’être la main noire derrière l’activisme des enseignants des écoles conventionnées catholiques.

En effet dimanche 22 novembre, lors de la célébration de la fête du Christ, Roi de l’Univers, le Cardinal Fridolin Ambongo avait affirmé que « c’est depuis une année qu’ils n’ont jamais été payés », que « c’est leur droit » d’aller en grève.

L’Église n’entre pas dans ce conflit. L’Église catholique n’ecourage pas les enseignants à faire la grève, tout comme l’Église Catholique n’interdit pas aux enseignants de faire la grève. C’est à eux d’évaluer. Si ils vont en grève, nous observons. Si ils veulent reprendre, nous observons. Mais au milieu de ce conflit de travail, il n’y a pas que l’État employeur, il n’y a pas que les enseignants les employés, il y a aussi les parents. Nos parents. Si nous allons en grève, que deviendront nos enfants? Si nous voulons reprendre l’enseignement, que deviendront les nouvelles unités qui n’ont pas encore de salaire? C’est là que nous disons : les parents doivent entrer dans la danse. Non pas pour demander aux parents de payer ce qu’on a toujours demandé mais nous disons, dans ce conflit, il n’y a pas que l’État et les enseignants, mais nous aussi les parents.

Et d’ajouter: « Nous comme Église Catholique, notre proposition, nous disons que là où les parents s’organisent et s’accordent avec les enseignants pour trouver une solution intermédiaire en attendant que l’État assume son rôle, nous ne refusons pas. Nous n’allons pas interdire aux parents d’intervenir dans l’éducation de leurs enfants si c’est eux-mêmes qui le proposent en dialogue avec les enseignants. Parce l’essentiel c’est que nos enfants étudient ».

La thèse du sabotage 

La gratuité de l’enseignement de base est donc mise à rude épreuve, un véritable sabotage de l’action du chef de l’État, selon sa famille politique. 

Pour certains experts du secteur de l’enseignement, les arrêtés signés par le ministre sont conformes à la loi et se justifient par le contexte de la mise en œuvre de la gratuité de l’enseignement de base, ainsi que ses conséquences.

À en croire ces experts, le ministre a du faire face notamment au surpeuplement au niveau des écoles et au besoin de renforcer le contrôle de la qualité de l’enseignement. C’est dans ce même cadre que des arrêtés de régularisation de la situation administrative de certaines écoles et de scission de quelques provinces éducationnelles ont été aussi pris.

Le problème, soutiennent-ils, est que le secteur de l’enseignement est aussi exposé aux réseaux maffieux, qui falsifient certains documents officiels.

Christian Nkanu