L’explosion démographique à Kinshasa, facteur du dynamisme économique ou bombe à retardement?

Depuis un certain temps en République démocratique du Congo, l’attention de tous les acteurs politiques, économiques et même scientifiques est focalisée sur l’actualité politique, mieux sur les « disputes conjugales » entre le Front commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le changement (CACH), formant la coalition au pouvoir depuis pratiquement 2 ans. Des discours des blocages réels, ou imaginaires, aux interpélations en passant par des tirs croisés, la nation reste figée sur ce que certains qualifient de théatralisation de la vie publique.

Alors que la population impatiente s’attendait à la réalisation des promesses faites en cette année de l’action, la pandémie du coronavirus s’est invitée à la fête et comme d’un revers de la main, balayé les efforts des dirigeants, déjà confrontés à d’énormes difficultés de gouvernance.

Cependant au-délà des réponses qui peuvent être apportées en ce moment de crise sanitaire mondiale, avec des conséquences non négligeables sur l’ensemble de l’économie, il importe de lever les yeux et de regarder en face: la RDC a dépassé la barre de 90 millions d’âmes en 2020 et va franchir le seuil de 100 millions dans exactement 4 ans. Problématique qui nécessite une prise de conscience immédiate, si nous voulons réellement voir un Congo debout et continuer à exister.

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La question de la croissance démographique a toujours occupé une place importante dans les débats politiques, économiques et scientifiques; une question qui a traversé plusieurs siècles, bouleversé empires et civilisations, qui reste d’actualité en raison des ramifications sur l’économie, le social et la politique de chaque État.

L’un des célèbres théoriciens des questions relatives à cette thématique, Robert Thomas Malthus, a établi un lien entre population et richesse disponible, richesse insuffisante pour prendre en charge les milliers des bouches à nourrir, préconisant l’élimination de certaines personnes par les calamités, maladies ou guerre, étant donné que la production reste inférieure à la croissance démographique.

Cependant, différents travaux économétriques ont montré qu’il n’existait pas de relation statistique solide entre croissance démographique et la croissance économique (Kuznets).

Il convient de souligner qu’en dépit des contradictions que peuvent soulever les pro et anti sur le lien que peut avoir la croissance démographique sur la bonne marche des Etats, cette dernière n’est pas sans conséquence et a un impact sur les politiques à mener, l’Homme étant le centre de toute chose.

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La vitesse avec laquelle la population congolaise croit inquiète les esprits avisés et devrait inquiéter davantage les décideurs politiques. D’ici à 2030, année proclamée de l’émergence de la RDC, nous compterons plus de 120 millions d’habitants et 200 millions en 2050!! Oui cela parait irréaliste mais pourtant vrai.

Il suffit d’observer la ville de Kinshasa, « mirroir » du pays, pour se rendre compte des problèmes de logement, avec son lot des constructions anarchiques, sans règles d’urbanisme et habitat (70% de la population n’a pas accès à un habitat de qualité); les embouteillages, les salles de classes surpeuplées, les hopitaux et morgues qui refusent du monde… bref la capitale ressemble à une bouteille pleine et en abulition, avec toutes les menaces qui en découlent.

Au délà de la dynamique interne de reproduction, qui reste un facteur déterminant dans l’accroissement de la population à Kinshasa, 3è ville la plus peuplée en Afrique (14 millions), l’exode rural, encore et toujours, joue un grand role.

Dès lors que l’arrière pays qui fournit la plus grande production agricole, alimentaire et minière du pays se vide de sa main-d’oeuvre, il sera difficile sinon impossible de prétendre à atteindre un certain niveau de développement économique et du mieux-être.

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Si certains observateurs peuvent s’accorder sur le fait que la population constitue le moteur de développement d’un pays, il sied cependant de rappeler que c’est qui compte, dans le processus de transformation de la nation, c’est bien la qualité de cette population.

À ce jour, bien que le niveau de l’éducation soit au rabais, nous pouvons compter sur la population encore jeune pour relancer une dynamique de développement. Le Congo reste un pays vierge et inexploité, la densité de la population en milieu rural étant très faible, il est important de prendre des mesures courageuses pour inverser la tendance et changer des paradigmes.

La décentralisation décrétée et consacrée dans la Constitution peut servir de fer de lance d’un programme costaud, pour atteindre un niveau de développement acceptable, en créant des pools de développement, calqués sur la subdivision administrative coloniale, en 6 zones économiques interconnectées entre elles, le fleuve Congo jouant le cordon ombilical.

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Ces zones, à savoir Kinshasa (ancienne province de Leopoldville), Équateur, Kasai, Katanga, Kivu et Zone Orientale, peuvent permettre de désengorger la capitale, relancer la production dans tous les secteurs, créer des milliers d’emplois, favoriser l’éclosion des nouveaux centres de distribution et de commercialisation et, par dessus tout, relancer l’économie nationale.

D’aucuns diront que les infrastructures sont inexistantes ou vétustes, qu’il faut beaucoup de moyens et de temps pour y parvenir….pendant ce temps le Soleil ne s’arretera pas.
Il faut donc faire un choix: agir ou disparaitre! Qui veut atteindre un objectif ne lésine sur aucun moyen

Hervé Landry Kinkani
Économiste
Doctorant Wuhan University of Technology