Les grandes lignes du deuxième discours du Président Félix Tshisekedi sur l’état de la nation

Lundi 14 décembre 2020, le Président de la République, Félix Tshisekedi, a prononcé son discours sur l'état de la nation, devant l'Assemblée nationale et le Sénat, les deux chambres du Parlement, réunis en Congrès. Cérémonie à laquelle ont répondu près de 400 députés (sur les 500 composant la chambre basse) et 87 sénateurs sur les 109 que compte le Sénat. Avant de suspendre la cérémonie pour l'accueil du chef de l'État, Alexis Thambwe Mwamba, présidant la cérémonie, a insisté "sur le caractère solennel de cette cérémonie". Parcourant les différentes actions initiées sous son leadership, le chef de l'État a notamment appelé à l'implication des uns et des autres à appuyer sa vision et annoncé le rapatriement, pour juin 2021, des reliques de l'ancien et premier Premier ministre Patrice-Émery Lumumba, à qui le garant de la nation promet une digne sépulture.
Le Président Félix Tshisekedi lors de son discours sur l'état de la nation du 14 décembre 2020
Le Président Félix Tshisekedi lors de son discours sur l'état de la nation du 14 décembre 2020

La veille, plusieurs médias ont annoncé son report avant la confirmation, à travers d’un communiqué diffusé tard dans la soirée par le bureau d’âge de l’Assemblée nationale, installé après la déchéance du précédent dirigé par Jeanine Mabunda. Le Président de la République a exprimé son profond respect pour le peuple congolais, « pour son endurance et sa résilience face à des situations de crise multiformes qu’il a parfois subies, victime de l’injustice sociale et du déficit de gouvernance ».

Contexte particulier, discours particulier en raison du climat de tension, marqué par la rupture de la coalition au pouvoir, entre le Front commun du Congo (CACH) et le Cap pour le changement (CACH), mais aussi de la pandémie à Covid-19 dont la deuxième vague secoue actuellement le pays, et l’insécurité continue dans la partie Est du territoire.

« Il y a un an, jour pour jour, que je prononçai devant ce même auditoire, et ce même lieu, mon premier discours sur l’état de la nation », a rappelé le commandant suprême des forces armées congolaises. Une occasion, dit-il aussi, « de dresser le bilan de l’action des pouvoirs publics durant l’année civile mais aussi de partager, avec ses compatriotes, sa détermination à engager, dans tous les secteurs de la vie nationale, les réformes nécessaires à l’amélioration de leur vécu quotidien ». Tout cela, « selon notre leitmotiv: le peuple d’abord », martèle le chef de l’État.

« Aujourd’hui, par la grâce de Dieu Tout Puissant, poursuit Félix Tshisekedi, j’ai à nouveau le privilège de présenter devant votre auguste assemblée, le deuxième discours de mon quinquennat sur l’état de la nation ».

Le Président de la République précise qu’il s’agit « de situer, à l’attention du peuple congolais, les moments clés qui ont ponctué la vie de la nation, tout au long de l’année qui s’achève ». Mais avant de le faire, il a invité le Congrès « garder une minute de silence » devant « la mémoire des congolais qui ont perdu la vie au cours de cette année 2020 pour des raisons diverses, dues notamment à la crise sanitaire et à l’insécurité dans l’Est du pays ». 

Le chef de l’État rappelle avoir annoncé, le 13 décembre 2019, pour 2020, « une année de l’action durant laquelle tout devait être mis en œuvre pour rendre irréversible la marche vers le progrès et l’émergence du pays ».

Malgré les engagements qu’il avait pris pour ce faire, convaincu de l’avantage d’une alternance pacifique au sommet de l’État, Félix Tshisekedi reconnaît qu’il « savait que le seul vouloir n’allait pas suffire ».

« Il fallait établir un cadre politique et institutionnel propice«  à la mise en œuvre de ces engagements pris, explique-t-il en rappelant également avoir souhaité, qu’ensemble avec Joseph Kabila, son prédécesseur, relever les défis auxquels fait face la nation. Mais hélas, regrette le chef de l’État, cette coalition au pouvoir n’a pas rencontré les attentes de la population.

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Face à cette situation « qui menaçait à la longue le fonctionnement normal de nos institutions, dont je suis le garant, il me fallait réagir, mieux agir », souligne le Président Félix Tshisekedi.

Pour désamorcer la bombe du dysfonctionnement institutionnel, le chef de l’État fait d’abord allusion à son adresse du 23 octobre dernier.

Ce jour là, il a lancé un appel à tous les compatriotes, toutes tendances confondues, de se « rassembler dans une Union sacrée de la nation, autour des principes, des valeurs et d’actions dédiés au service de la population ».

Ensuite, mentionne-t-il, sur base des prérogatives que lui confère la constitution en son article 69, « j’ai engagé de larges consultations des forces vives afin de recueillir leurs avis et éventuelles recommandations sur les solutions de sortie de crise ».

« Enfin, par mon message à la nation du 06 décembre dernier, j’ai rendu publiques les décisions que j’avais prises, enrichies par les apports des différents groupes et personnalités consultés », indique Félix Tshisekedi.

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Félix Tshisekedi dit avoir noté le besoin de rompre « avec une coalition FCC-CACH devenue paralysante de l’action du gouvernement, nommer un informateur aux fins d’identifier une coalition conformément à l’alinéa 2 de l’article 78 de la constitution, procéder à la formation d’un gouvernement d’union sacrée qui travaillera en harmonie avec le chef de l’État, mettre en œuvre les réformes issues des consultations, dont la plupart sont les mêmes que celles voulues par le Président de la République, et contenues dans le programme du gouvernement ».

Un hommage aux parlementaires, toutes tendances confondues

Alors qu’émergent les soupçons de corruption de certains députés nationaux, dans le but de constituer une nouvelle majorité autour de sa vision et dont le premier succès serait la déchéance du bureau Mabunda, investi depuis le 24 avril 2019 à la tête de l’Assemblée nationale, Félix Tshisekedi salue plutôt la « maturité politique » de ces représentants du peuple.

Aux députés et sénateurs, « vous avez un rôle à jouer pour aider à corriger les excès du passé, à implémenter un nouveau mode de gouvernance et à veiller à ce que nous ayons un Congo pacifié,  plus efficace, plus démocratique et surtout plus solidaire », a-t-il déclaré en invitant le nouveau bureau à la « valorisation de l’action parlementaire ».

« La crise à laquelle nous avons assistée au sein de l’Assemblée nationale et son dénouement démocratique, sont pour Félix Tshisekedi, des indices sérieux de maturité politique ».  Une déclaration qui intervient alors que Jeanine Mabunda vient de donner mandat à ses avocats de solliciter l’avis du Conseil d’État, non pas pour contester sa déchéance ainsi que celle de tout le bureau de l’Assemblée nationale, mais sur ce que dispose l’article 31 du règlement intérieur de la chambre basse du Parlement.

Covid-19, Jardin scolaire, éducation : Félix Tshisekedi appelle à la solidarité

Face au Congrès, Félix Tshisekedi a réaffirmé sa détermination notamment pour impacter davantage les différents secteurs clés de la vie nationale (éducation, environnement, énergie, etc.) et sollicité l’adhésion de l’ensemble du pays, forces vives, population et partenaires au développement, pour affronter les défis auxquels fait face la nation.

Pointant particulièrement la nouvelle menace que représente la pandémie à Covid-19, « il nous sera difficile de maîtriser cette nouvelle vague, si la population n’obéit pas aux gestes barrières », s’est inquiété le chef de l’État.

Christian Nkanu